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21.05.2006
Le Magicien

L’inspecteur s’empressa d’accepter car il savait que l’écrivain ne le lui proposerait pas deux fois. D’autant plus qu’hier soir il était sorti assez tard. Il n’avait pu s’empêcher de faire une tournée des bars, là où il savait qu’il trouverait toujours un ami, une connaissance. Il était encore jeune et ses amis ignoraient la nature de son travail. Il leur cachait et prenait beaucoup de précautions pour qu’ils ne l’apprennent jamais. Non pas qu’il ait honte de son métier mais il lui semblait incompatible avec sa vie de noctambule. Et cette double facette n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Il avait le bonheur, disait-il aux rares initiés, de connaître deux vies totalement différentes qui lui donnaient toutes deux satisfaction. Il ne voulait rien changer mais il reconnaissait cependant que tout ça demandait beaucoup d’énergie. Il était donc heureux mais souvent fatigué voire stressé.
Mais, à cet instant, l’inspecteur nageait dans le bonheur. Bien sûr, il se gardait bien de laisser paraître quelconques émotions devant son client. Mais tout représentant de l’Etat qu’il était, il n’en restait pas moins un fan impressionné par le talent de celui avec qui il discutait tranquillement ce matin en buvant son café.
Mais l’écrivain, lui, restait sur la défensive. Il ne parvenait pas à se détendre. Son visage était tendu, son corps penché en avant comme pour mieux en découdre avec cet homme qui s’installait tranquillement chez lui alors que bientôt, il le laisserait sur la paille. Non, décidément, on ne pouvait pas parler avec un homme comme lui. De toute façon, pour exercer un tel emploi, il fallait une case en moins ou une haine viscéral envers l’Homme. Il eut soudain l’impression d’être un pigeon qui cherchait désespérément à se maintenir en l’air tandis qu’un peu plus loin retentissait une voix venant de nulle part, ou peut-être de l’enfer : PULL ! Et ce chasseur voulait soi-disant parler, comme si de rien n’était ! Certainement, cherchait-il à en savoir plus sur lui, sur sa vie et son argent. Alors là, il ne serait pas déçu…
" Ecoutez : je n’ai plus rien ! Comment je dois vous le dire pour que vous compreniez ? Et c’est pas la peine de demander à ma femme, elle est persuadé que j’ai toujours autant d’argent et que je suis juste déprimé.
-Monsieur Linseuil, vous étiez, quoique vous puissiez me dire, un écrivain à succès. Vos premiers romans continuent d’ailleurs à très bien se vendre…
-Du vent tout ça ! s’écria l’écrivain. J’ai tout perdu !
-Ce n’est pas possible !
-Mais si, comment vous croyez que je vivais aussi bien : j’avais une porche, une cinquantaine de costumes, je mangeais tous les jours au restaurant. Mais vous croyez qu’on gagne autant en écrivant ? Vous le savez comme moi, ça coûte très cher tout ça ! Il fallait bien les suivre toutes ces starlettes, au restau, en boîte, en vacances…Je m’en sortais, je ne peux pas dire le contraire : j’empruntais et je remboursais. Puis, la disparition de ma femme, les frais d’avocats, plus de livres, plus d’inspiration, plus rien…
-Non, je ne peux pas croire ça."
14:31 Publié dans Le Magicien , Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













