« Andreï Kourkov | Page d'accueil | Je te retrouverai de John Irving »
24.08.2006
Le Magicien

-Et ben, allez-y, vous gênez pas, fouillez ma vie, de toute façon, il ne reste plus rien ici !
-Bon, calmez-vous et ne vous inquiétez pas, on va s’y atteler. Si, en effet, vous n’avez plus rien, les vérifications prendront très peu de temps. En attendant, détendez-vous et amenez-moi tous vos papiers. Et arrêtez de déprimer »
L’inspecteur avait déjà l’habitude de ce genre de comportement mais il s’en amusait encore. Et là, il s’agissait, lui semblait-il, d’un véritable spectacle. Ou cet homme avait de talents d’acteurs insoupçonnés ou il avait vraiment un problème. Mais il était certain que cet écrivain lui cachait quelque chose. Ce truc qui clochait l’attirait. Il souhaitait en savoir plus.
« Alors vous avez perdu votre femme récemment ?
-Oui…
-Mais, vos problèmes d’argent, ça date d’avant ou d’après le décès de votre femme ?
-Attendez, je ne sais même pas si elle est morte. Si ça se trouve, à l’heure où je vous parle, elle est aux Bahamas…
L’écrivain continua sur sa lancée : disons qu’avant ce n’était déjà pas brillant. Après, j’ai définitivement coulé.
-Mais, cette maison, elle est à vous ou pas ?
-Excusez-moi de vous dire ça, monsieur l’Inspecteur, on m’avait prévenu, mais je ne pensais pas que vous pouviez être à tel point charognard ! Oui, cette maison est à moi et prenez-là si vous voulez : je m’en fous !
-Vous vous en foutez ? Vous êtes bien le premier à vous foutre d’une maison de cette valeur !
-Non, pas quand ce premier a perdu sa femme, sa vie…Ses yeux s’embuèrent mais les larmes n’apparurent pas. Non, il ne voulait plus rien dévoilé aujourd’hui.
-Très bien, Monsieur Linseuil, merci pour le café. Cette discussion m’a permis de mieux comprendre le problème : elle fut très intéressante. Un bon premier contact. Je vais y’aller mais nous seront très vite amenés à nous revoir, Monsieur Linseuil. A bientôt.
-C’est ça, à jamais, murmura l’écrivain !"
L’Inspecteur ne se formalisa pas de cette remarque qu’il connaissait aussi par cœur. Mais ce qui l’étonna plus, ce fut le ton employé par cet homme. Un timbre particulier, rauque, comme venue d’ailleurs, d’un lieu qu’il ne connaissait pas encore. Alors, l’Inspecteur ouvrit la porte, fit quelques pas, arriva au portail, l’ouvrit mais ne le referma pas.
19:55 Publié dans Le Magicien , Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













